Kafé Politika 01 Mars 2024: l’art et l’industrie culturelle à Madagascar au centre de nos discussions!

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Un premier vendredi 01 Mars comme à l’accoutumée, nous sommes à la deuxième édition de notre Kafé Politika pour cette année 2024. Toujours organisé par nos étudiants du club Culture et Vie Politique de l’IEPAG, un thème attractif a été abordé concernant l’art et l’industrie culturelle à Madagascar. A travers cet interview de nos invités dont :

– Hobisoa Raininoro, responsable de la programmation à la Fondation H.

– Miora Acker, artiste.

– Noah Raoelina, fondateur et chargé de production du label « Lamba1 ».

– Serge Henri Rodin, secrétaire perpétuel de la section des sciences de l’art et du langage à l’Académie malgache. 

Découvrant ensemble la place de l’art dans l’industrie culturelle ainsi que les avis de nos hôtes suivant nos questions :

Q1 : Qu'est-ce que l'art et la culture ?

Miora Acker : L’art est un ensemble de savoir-faire qui fait partie intégrante de la culture. Tout peut être de l’art.
Serge Henri Rodin : Au-delà des définitions académiques, l’art est aussi le beau, le bien et le bon.
Hobisoa Ranoromaro : L’art est l’expression matérielle d’une création mentale.

Q2 : Comment peut-on préserver la culture malgache face à l'invasion culturelle ?

Noah Raoelina : Il faut surtout éduquer les Malgaches. Ainsi, l’art est également une source de développement, comme le prouve l’expérience d’autres pays comme le Nigeria avec sa puissante industrie cinématographique, Hollywood.
Hobisoa Raininoro : On ne peut pas se couper du monde dans l’ère de la mondialisation culturelle. Ainsi, l’enjeu n’est pas de préserver « notre culture », mais de la valoriser.

Q3 : Miora Acker, comment êtes-vous devenue une artiste ?

Miora Acker : Je suis métisse franco-malgache, et de ce métissage découle une lacune identitaire. Je ne me sentais ni Malgache à Madagascar ni Française en France. L’art est, selon moi, une quête identitaire, une tentative de réponse à la question fondamentale : « qui suis-je ? ». C’est pourquoi je travaille énormément sur les identités.

Q4 : Peut-on vivre de l'art à Madagascar ?

Noah Raoelina : Aujourd’hui, vivre de l’art demeure assez compliqué, surtout durant la phase de lancement.
Miora Acker : Pour ma part, j’ai d’autres sources de revenus pour payer mes factures.
Hobisoa Raininoro : Certes, il est difficile de vivre de l’art à Madagascar, mais cela reste possible une fois que les obstacles au démarrage ont été franchis.

Q5 : Le rôle de l'État

S. H. Rodin : Une loi a déjà été votée, la loi 2021-019 du 1er juillet 2021, relative à la politique culturelle nationale. Tout ce qu’on demande, c’est qu’elle soit acceptée. De plus, les artistes doivent être extrêmement libres. L’État est là pour encourager les artistes à créer et pour inciter le public à acheter de l’art.
Miora Acker : L’État est également là pour aider les artistes.
Noah Raoelina : Le Ministère de la communication et de la culture a réalisé davantage de projets comme Tosik’art et a construit des « kianjan’ny hiragasy » pour donner aux artistes l’opportunité d’être entendus et vus.
Miora Acker : Il ne suffit pas de créer un lieu, il faut lui donner vie et l’entretenir. La continuité du projet et les activités qui y seront organisées sont tout aussi importantes.
– Hobisoa Raininoro : La volonté politique fait défaut, malgré un engagement massif du secteur privé et de la société civile. Il arrive que les artistes veuillent organiser des événements artistiques gratuits, mais l’État ne nous donne pas les autorisations nécessaires ou les retire à la dernière minute.

Q6 : Comment rendre l'art accessible au public malgache ?

Hobisoa Raininoro : À la Fondation H, nous accueillons tous les matins des enfants des EPP d’Antananarivo grâce à une collaboration avec la CUA. Ces enfants reviennent souvent avec leurs parents le dimanche. Voilà comment nous créons de futurs consommateurs. Notre exposition inaugurale, qui était gratuite, a permis d’accueillir 100 000 personnes.
Miora Acker : Pour toucher le public malgache, peut-être faudrait-il commencer par leur parler en malgache et mettre en valeur notre langue.
Serge Henri Rodin : En fait, l’art est déjà présent sur les marchés. Les versets de la Bible écrits sur du bois ou photographiés, c’est de l’art. Les flûtistes, les musiciens et les chanteurs dans les rues, c’est de l’art.

Q7 : Comment faire de l'art un levier de développement à Madagascar ?

Miora Acker : Le développement pourrait résulter d’une éducation artistique et d’un changement de mentalités.
Hobisoa Raininoro : Avant de parler de développement sur le plan économique ou sociopolitique, avoir accès à l’art est un levier de développement personnel à la fois pour l’artiste qui crée l’œuvre et pour celui qui la consomme.
Serge Henri Rodin : L’art nous apprend à être heureux, c’est le plus important. 

Stefana RABARILALA – L3 IEP